La série étant abonnée aux noms à rallonges, Super Street Fighter II HD Remix ne déroge pas à la règle. Sorti depuis le 26 novembre 2008 sur Xbox360 en Europe, il vient tout juste de débarquer sur PlayStation 3 le 19 février 2009. Le multijoueur entre consoles étant impossible, tout pourrait aller pour le mieux, mais c'est sans compter sur le fait que nos amis américains proposent eux aussi le soft en téléchargement depuis longtemps sur le PlayStation Store. Autant dire que le retard pris sur les States et sur les adeptes d'achats import risque de peser lourd sur les combats en ligne. Il n'est cependant pas désespéré de vouloir se lancer maintenant dans l'aventure Street Fighter, surtout si vous êtes nostalgiques des combats 2D, des Hadoken et autres Tatsumaki Senpu Kyaku. Et ce n'est pas la récente sortie de Street Fighter IV qui pourrait vous faire passer à côté de ce remake au style particulier.
Super Street Fighter II Turbo et tout son casting
Pour ceux qui ne connaissent pas la licence, il faut savoir que Street Fighter II s'est largement imposé comme LE jeu de combat un contre un. Sorti sur borne d'arcade en 1991 et édité par
Capcom, nombreux sont ceux qui s'y sont tués les pouces dans les salles de jeux à l'époque. Le principe reste simple, mais évident : sélection de personnages et combats.
Cet opus est un remake de Super Street Fighter II Turbo. Nous retrouvons donc les huit premiers personnages emblématiques de la série que sont Ryu, Ken, Blanka, E.Honda, Chun-Li, Dhalsim,
Guile et Zangief. Ajoutons les quatre boss tout autant charismatiques que sont Balrog, Vega, Sagat et M.Bison, puis les quatre nouveaux introduits par Super Street Fighter II : Cammy,
Dee-Jay, Fei-Long et T.Hawk. Et puisqu'il faut toujours qu'une ombre intrigante plane au-dessus de tout championnat d'arts martiaux pour en justifier l'intérêt, le mystérieux Akuma (ou Gouki pour
la version japonaise) sera l'ultime challenger caché à battre pour les plus forts d'entre vous. Chaque personnage est doté de trois coups de pieds et coups de poings (léger, moyen et fort), de
projection et de coups spéciaux qui varient selon le style de combat. Au menu : karaté, boxe anglaise, boxe thaïlandaise, self défense militaire, catch, jeet kune do, sumo ou encore yoga.
Le total de dix-sept combattants peut paraître chiche comparé au casting très fourni des séries alpha ou Street Fighter III, mais il apportera satisfaction à quiconque cherche son style de
combat. Certains occupent l'espace horizontal de l'écran comme M.Bison et son Psycho Crusher, d'autres le vertical, comme Vega qui saute partout et attaque souvent par le dessus. Ken ou Ryu sont
des personnages mixtes avec lesquels on prend vite de l'aisance, alors que Zangief le catcheur est spécialisé dans les projections et le corps à corps. Sa carrure prend une grande partie de
l'écran et rend difficile le fait de sauter par-dessus. À vous donc, de définir votre style et de le perfectionner quitte à répéter plusieurs fois le même coup pour savoir le ressortir dans
toutes les occasions.
Fidèle à lui-même, SSFIIHDR (à vos souhaits) ne brille pas par son scénario. Tous les prétextes sont bons pour justifier des rixes à tout-va. « T'as une sale tête alors je te tape
», « Je veux être le meilleur au monde alors toi qui croisera ma route, je te tape », « Je vais dominer le monde alors ... je te tape ». D'ailleurs, vous n'aurez droit qu'à
une brève animation avec un peu de texte en fin de partie pour conclure l'histoire de chacun des combattants. Mais les Beat'em up ne sont pas connus pour leurs histoires et leurs rebondissements
et on se contente largement de cela, le plaisir résidant essentiellement dans les joutes à répétitions.
Le même, mais remixé et en HD
On se retrouve donc devant un jeu que l'on connaît. Les possesseurs de PS3 peuvent se féliciter de leur acquisition puisque les Dualshock 2 ou 3 conviennent parfaitement à ce type de jeu.
Comparée à celle de la Xbox360, la croix directionnelle reconnaîtra parfaitement vos quarts de tour de cercle avant ou vos doubles quarts de tour arrière plus poing fort. L'utilisation des
touches R et L peut paraître un peu déroutante au départ, mais on s'y fait. Le mieux reste encore de se procurer un stick d'arcade pour jouir encore plus de la retombée en enfance. Mais alors, si
tout est comme avant, qu'est-ce qui justifie cette énième réédition du plus connu des jeux de combat ?
D'abord, le « HD ». Tout le monde ou presque possède son écran tout plat dans son salon. Et il aurait été vraiment hideux de voir de gros pixels en 1280x1024 bouger sur nos téléviseurs.
Sur ce point, Capcom nous a pondu un petit chef-d'œuvre de design. Les personnages sont tous remodelés, sans jamais être dénaturés. Muscles saillants, décors colorés, mais parfois de
qualité inégale selon les arènes, visages remis au goût du jour. Le HD est largement justifié quel que soit le personnage sélectionné. D'ailleurs, vous n'aurez plus honte d'être le fan numéro un
de E.Honda ou Dhalsim puisqu'en plus d'avoir subi une chirurgie esthétique, tous les combattants ont été rééquilibrés.
Ceci explique le « Remix » du titre. Les dommages infligés par les coups spéciaux de chacun ont été réajustés pour que même E.Honda puisse mettre une raclée à M.Bison s'il est bien maitrisé, chose pas si aisée que cela dans les anciennes versions. Son Torpedo brise désormais n'importe quelle boule de feu. Cela le rend un peu moins vulnérable face aux "lanceurs de boules", mais il reste malheureusement bien faible contre ces protagonistes. Le tristement célèbre Spinning Bird Kick de Chun-Li, qui n'était pas vraiment utile puisqu'il s'agissait de sauter au-dessus pour l'éviter, gagne, dans ce nouvel épisode, en hauteur et possède une trajectoire courbe. Quant au Flash Kick de Guile, ce dernier gagne une légère allonge très pratique pour les vilains sauteurs. Chaque combattant a été ainsi revu de fond en comble afin de le rendre plus accessible. C'est donc un gros plus qui implique une méfiance constante de son adversaire et davantage en online qu'en solo.
Autre (ancienne) nouveauté, la barre de Super que l'on remplit en amochant l'adversaire et qui, une fois pleine, octroie ainsi la possibilité de placer un ultime combo. Déjà présente depuis les
versions alpha (zéro en japonais), cet enchaînement rajoute un peu de piquant aux compétitions. Une fois placé, celui-ci peut renverser le cours d'un match mal parti ou au contraire achever le
noob en face de vous dans un magnifique fond jaune orangé flashy. Ces Spéciaux ont été, eux aussi, rééquilibrés comme celui de Guile dont les mouvements sont plus faciles à faire ou encore celui
de Sagat qui fait plus de dégâts et assomme à chaque fois qu'il touche.
Dernier petit plus, le soft offre deux gameplays différents. Les nostalgiques des premiers Street Fighter II opteront pour le gameplay classique, les autres choisiront le gameplay remixé
avec toutes les nouveautés citées plus haut. Pour chacun d'entre eux, la manière de déclencher les coups spéciaux se fera différemment donc deux fois plus de rotations à apprendre et les
puissances des coups changeront. Vous l'aurez compris, avec toutes ses subtilités, SSFIIHDR ne s'adresse pas à tous les publics.
Définitivement pas pour les débutants
La force de la licence réside bel et bien dans la spécificité de chaque protagoniste. Si vous privilégiez la défense, Guile ou Chun-Li seront vos partenaires puisque leurs coups spéciaux
s'effectuent en chargeant deux secondes en arrière ou en bas, ce qui permet de conserver une garde permanente et de préparer ses contre-attaques. En revanche, si vous êtes offensif, Ryu ou Ken
vous permettront à la fois de tenir à distance l'adversaire avec des Hadoken et aussi de les attendre sagement par le haut avec un Shoryuken. Vous hésitez entre Ryu et Ken, sachez que Ryu à un
Hadoken plus rapide et plus puissant, mais que le Tatsumaki Senp Kyaku de Ken touche plusieurs fois et passe au travers des Hadoken. Tout ce jargon vous semble bien compliqué et pour sûr,
Street Fighter n'est pas un jeu de débutant. Ne comptez pas gagner en appuyant sur tous les boutons et ce, même dans les modes de jeu faciles. Vous devrez un minimum maîtriser les coups
normaux, spéciaux et la jauge super pour arriver à quelque chose de concret.
De ce côté, la présence du mode entraînement permet de se faire la main avec son combattant fétiche, mais c'est bel et bien en plein match contre l'ordinateur ou une autre personne que vous
progresserez. Pas besoin de monter bien haut dans les niveaux de difficulté pour constater que l'IA ne se laissera pas mettre au tapis si facilement. Et une fois que celle-ci n'aura plus de
secrets pour vous et que vous aurez réussi à décrypter ses enchaînements parfois compliqués, vous pourrez aller vous frotter contre un autre humain, en local ou online.
Le plaisir de battre un japonais
Bien sûr, il est plus marrant de mettre une taule à son meilleur pote qu'à un inconnu. Le mode multijoueur en local est présent et cela promet de bons moments. On peut regretter que le mode qui
permet de créer un tournoi ne soit pas disponible en local, donc tous à vos feuilles et crayons, car il vous reste la possibilité de tracer un tableau et de jouer vos combats un à un. Vous pouvez
également choisir le mode en ligne et rechercher un serveur de tournoi, mais à l'heure actuelle, aucun tournoi n'a été accessible sur la version US du jeu.
Nous arrivons donc ici à ce qui fait le plus grand bonheur des aficionados de la licence : la possibilité de prouver au monde entier sa suprématie dans des matchs online. Et autant dire que le
jeu solo n'est rien comparé au multijoueur. Une fois dedans, oubliez tout ce que vous avez appris de vos combats contre l'IA et apprenez à déjouer les techniques les plus fourbes de joueurs
humains à l'imagination intarissable. Alors que vous croyez maîtriser votre personnage à la perfection, vous vous étonnerez à prendre deux perfect de suite face à un autre utilisateur.
Ce stade dépassé, vous pourrez tenter d'atteindre les plus hautes marches du classement mondial en remportant le plus de combats. Pour les nombreuses parties déjà effectuées, le online n'a pas de gros défauts, les lags étant peu présents. Il arrive parfois de tomber sur des parties saccadées, mais elles sont rares. Même pour une petite partie rapide, le temps d'attente pour trouver un adversaire ne dépasse pas les dix secondes. Une très bonne initiative est aussi donnée pendant la sélection des personnages puisqu'il vous est impossible de voir le choix de votre adversaire, ce qui empêche les vilains qui attendent que vous fassiez le vôtre pour prendre le combattant le plus à même de vous contrer. Le contrat est donc pleinement rempli avec ce multijoueur en ligne sans gros défaut.
Pour conclure, nous sommes en droit de nous demander si Capcom ne nous prend pas pour des vaches à lait avec ce remake mixé, remixé. Au prix de 15 euros, cet opus offre un véritable
plaisir de jeu couplé avec le plaisir des yeux. Certes, pour environ 11 euros, vous pouvez vous le procurer sur le PlayStation Store US et il sera entièrement traduit en français une
fois sur votre compte. Le bilan est très positif si vous êtes fan de la série ou si vous acceptez de passer du temps sur un titre qui privilégie l'expertise au plaisir immédiat. Par contre, en
toute honnêteté, si vous vous énervez à la moindre défaite, à la moindre difficulté, passer votre chemin.
Verdict
Gameplay : 7/10
Le gameplay n'a pas pris une ride depuis les premières versions. Le stick d'arcade est un plus, mais la Dualshock 3 suffit amplement. Mais sachez-le, oui, Street Fighter II est un jeu difficile qui n'est pas à la portée du premier venu et il vous faudra répéter sans cesse, les mouvements pour gagner. On aime ou on n'aime pas.
Graphismes : 8/10
C'est beau, c'est de la 2D, mais c'est beau. Même principe, on aime ou on n'aime pas, mais force est de constater que la refonte graphique qu'a subi le jeu de légende donne un rendu sublime.
Bande-Son : 7/10
Les cris mythiques des personnages sont tous présents, du coup spécial à la défaite. C'est un véritable plaisir de retrouver les thèmes musicaux originaux et remixés pour l'occasion.
Durée de vie : 8/10
Avec un mode solo à faire et à refaire jusque dans les plus hauts niveaux de difficulté et le mode online tant attendu par tous les fans, le plaisir de jeu est multiplié de façon exponentielle.
Note Solo : 7/10
Rien d'extraordinaire à dire si ce n'est le fait d'enchaîner des combats pour prouver que l'on est le meilleur. On peut sûrement regretter l'absence de trophées, d'autant que tout le monde pensait que le soft allait sortir plus tard en Europe pour accueillir ces derniers.
Note Multi : 7/10
Le multijoueur est très soigné et sans souci dans la plupart des cas. Mais il demande une tout autre dextérité de jeu que celle demandée dans le mode solo. « Double plaisir de jeu » diront les uns, « Terriblement irritant » diront les autres.
CONCLUSION : 8/10
Si vous avez aimé la gloire qu'a connu le titre dans les années 90, foncez sur ce remake plus que réussi. Si vous êtes un néophyte dans la licence et que le défi vous stimule, vous pouvez aussi craquer sans regret. Pour le prix proposé, vous aurez de quoi faire brûler vos pouces sur vos manettes. Espérons que Sony et Capcom écoutent leurs fans comme pour le mode online en proposant rapidement un patch ajoutant des trophées. Le soft sera ainsi brièvement achevé ... Shoryuken !!!